NOTRE RETOUR DE MISSION

Jean-Pierre TOMBO et Viviane BEDFERT

Du 1er au 15 mai 2010

 

 

Voici un petit compte rendu de notre ressenti sur la situation générale en Haïti. Nos propos ci-dessous n’engagent que nous, il n’y a là aucune critique à l’égard du système étatique haïtien, des institutions, des ONG…Nous ne faisons que relater la situation.

 

Rentrés depuis le 16 mai, nous sommes encore sous le choc des images d’une capitale défigurée. Port au Prince n’était bien sûr pas une des villes les plus luxuriantes qu’il soit, c’était déjà un constat de pauvreté intense et insupportable,  mais là c’est une vision de champ de bataille, d’abandon, d’insécurité….de cauchemar.

A chaque rue, un alignement de maisons détruites totalement ou en partie, avec ses cadavres encore ensevelis sous les décombres. D’autres sont encore debout et on se demande pourquoi ? le sol ne semble pas avoir tremblé partout avec la même force, à moins que ce soit le mode de construction plus solide qui en soit la cause. A certains moments une odeur de décomposition nous fait frissonner laissant l’imagination faire son œuvre.

Des monticules de gravas, d’ordures, de déchets indescriptibles s’alignent sur les trottoirs parmi les marchands. Ici ou là une des rares pelleteuses s’affère à déblayer un bâtiment, une habitation…pourquoi celui-là ou celle-là ? ce n’est pas plus urgent qu’ailleurs, peut être plus accessible, mais toujours très dangereux pour la population qui passe tout près au risque de se faire écraser par un pan de mur ou des blocs. Des câbles électriques pendent un peu partout, alimentés ou pas, le risque est permanent. Il y a quasiment encore tout à déblayer et pas de matériel, quelques haïtiens payés par des ONG le font avec des pelles et des masses. C’est un véritable travail de « Titan ». D’autres récupèrent le fer pour le revendre.

Les camps sont devenus de petits « villages » organisés ou pas, mais la vie se poursuit malgré toute l’horreur de l’extérieur, pour certains les tentes sont plus confortables que leur habitation d’origine, pour d’autres la vie est insupportable mais que faire d’autre que d’attendre des jours meilleurs. Dans ces camps, la prostitution, les vols, les viols, les agressions de toutes sortes sont courantes et personne pour endiguer ce phénomène de violence.

 

Nous n’avons rien vu qui puisse ressembler à un quelconque état d’ordre, d’organisation ou d’aide. C’est à la fois désespérant et révoltant. Nous ne constatons que désespoir, désillusions, abandons, laisser aller, survie et débrouille de chacun pour trouver nourriture ou travail.

 

Des enfants errent dans les rues, sur l’avenue Delmas, un chiffon sale à la main, essayant de gagner quelques gourdes en nettoyant les voitures. Des vendeuses et vendeurs jonchent les trottoirs avec un étalage de vêtements, chaussures, nourritures, téléphones, des petits commerces de toutes sortes.

On se demande d’où vient toute cette marchandise qui est revendue ? quoique, on le devine.

Pourtant la vie reprend coute que coute, mais comment retrouver son chemin dans un tel capharnaüm, comment se refaire une vie décente, une habitation, retrouver un emploi…alors que tout est chaos et que les moyens financiers semblent inexistants. La population se sent abandonnée par l’Etat, chacun doit assumer seul son existence.

 

Voilà ce que nous avons en tête depuis notre retour.

Ce n’est évidemment pas très optimiste. Notre souci est de ne pas cacher la vérité quelle qu’elle soit, la réalité est difficile mais c’est en regardant les problèmes en face que l’on peut le mieux aider à les résoudre.

 

Ils ne restent plus qu’à essayer d’oublier un peu, pour mieux avancer efficacement dans les jours et les mois à venir. Mais comment ne plus y penser ? comment faire pour effacer de telles images de notre mémoire ?

Le travail est sans aucun doute le meilleur des remèdes et c’est à cela qu’à présent nous allons nous atteler avec la conviction que notre aide, si petite soit-elle est des plus attendue par nos partenaires haïtiens.

C’est avant tout à eux qu’il faut penser désormais et laisser le temps accomplir le devoir qui s’impose : RECONSTRUIRE.

 

Pour cela il faudra beaucoup de temps, d’argent, d’énergie et de conviction. L’aide de chacun sera fondamentale. Mobilisons-nous pour donner le meilleur de nous-mêmes à ceux qui ont tout perdu ou en partie, et ce jusqu’à pour certains leur dignité à la suite d’une avalanche de catastrophes successives.

 

Programme de reconstruction :